TRUCS DE PROS

Comment faire du noir plus noir que noir sans noir ?

Georges Noblet VermeerMélanger la garance rose et l'outremer foncé pour rechercher et obtenir une valeur (et non une couleur) la plus dense, la plus sombre possible.

Diluer un peu à l'essence pour appliquer un jus un peu plus concentré que l'habitude et lorsque le séchage s'effectue, modeler les bords pour obtenir de très beaux passages (cf Vinci ou Ingres ou Flandrin). Il est idéal d'utiliser comme support une enduction à la céruse dégraissée au savon de Marseille et soigneusement rincée et séchée, qui permet des modelés d'une finesse et d'une douceur de rêve.

Ensuite, après 24 heures, appliquer une demi-pâte (elle doit garder la rayure de la brosse), identique au mélange précédent en ajoutant quelques gouttes d'ambre (au mieux) ou d'une autre résine (mastic : pas aussi profond, mais bien quand même). Il n'est pas judicieux d'utiliser de l'essence (surtout la térébenthine) qui ternit les couleurs. Le séchage en est plus lent (gare à la poussière !) mais incomparablement plus beau.

Avec un pinceau plat carré en mangouste, appliquer le mélange en couche fine et très soigneuse, bien croisée et longtemps travaillée, ce qui oxygène la pâte et lui confère une beauté d'aspect magnifique. Puis finir en " blaireautant " avec un pinceau éventail en poils d'oreille de veau (très doux).

Il est à noter que l'on peut selon le dosage de bleu ou de garance donner une base d'ombre qui sera froide ou chaude et permettra d'obtenir un subtil et splendide effet de perspective chromatique qui donnera cet aspect inimitable de relief à trois dimensions.

Pour le " séchage ", il est judicieux de conserver à plat le tableau dans une boîte étanche à la poussière et recouverte d'une vitre côté peinture. L'exposer dans un endroit chaud et lumineux (pas au soleil ni vers un chauffage !) afin d'accélérer la siccativation de la demi-pâte.

Après une dizaine de jours, on peut appliquer un glacis à l'ambre et à la terre de Cassel, afin de nuancer l'ombre jusqu'à la coloration désirée. On doit augmenter la quantité d'ambre et il faut y ajouter quelques gouttes d'essence d'aspic très fraîche afin de donner du mordant. Surtout ne pas vouloir charger la concentration de pigment : il vaut mieux plusieurs glacis successifs de concentrations décroissantes, que de vouloir obtenir une couleur et une densité en une seule séance. L'effet en serait affreusement charbonneux, car il ne faut pas oublier que la lumière doit passer à travers les couches successives jusqu'à son absorption.

Il est notable que toutes les terres de Cassel (ou prétendues l'être) autres que celle de la Maison Blockx ne donnent qu'un résultat bien pitoyable : elles sont ou charbonneuses ou opalescentes (!) ou verdâtres, voire les trois. Elles n'ont pas cette finesse de ton ni cette transparence magnifique, à l'identique de celle utilisée par les Maîtres du 19ème siècle. L'usage en était d'ailleurs si quotidien pour les modelés préparatoires que l'on utilisait l'expression : " casselliser ". Bien sûr, tout ceci demande patience et une pratique artisane la plus parfaite possible. Comment hâte et beauté pourraient-elles se rencontrer ? …

Posez ici vos questions techniques à Monsieur Georges Noblet : noblet.georges@wanadoo.fr


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