|
TRUCS
DE PROS
Comment faire du noir plus
noir que noir sans noir ?
Mélanger
la garance rose et l'outremer foncé pour rechercher et obtenir
une valeur (et non une couleur) la plus dense, la plus sombre
possible.
Diluer un peu à l'essence pour appliquer un jus
un peu plus concentré que l'habitude et lorsque le séchage
s'effectue, modeler les bords pour obtenir de très beaux passages
(cf Vinci ou Ingres ou Flandrin). Il est idéal d'utiliser
comme support une enduction à la céruse dégraissée au savon
de Marseille et soigneusement rincée et séchée, qui permet
des modelés d'une finesse et d'une douceur de rêve.
Ensuite,
après 24 heures, appliquer une demi-pâte (elle doit garder
la rayure de la brosse), identique au mélange précédent en
ajoutant quelques gouttes d'ambre (au mieux) ou d'une autre
résine (mastic : pas aussi profond, mais bien quand même).
Il n'est pas judicieux d'utiliser de l'essence (surtout la
térébenthine) qui ternit les couleurs. Le séchage en est plus
lent (gare à la poussière !) mais incomparablement plus beau.
Avec un pinceau plat carré en mangouste, appliquer le mélange
en couche fine et très soigneuse, bien croisée et longtemps
travaillée, ce qui oxygène la pâte et lui confère une beauté
d'aspect magnifique. Puis finir en " blaireautant " avec un
pinceau éventail en poils d'oreille de veau (très doux).
Il
est à noter que l'on peut selon le dosage de bleu ou de garance
donner une base d'ombre qui sera froide ou chaude et permettra
d'obtenir un subtil et splendide effet de perspective chromatique
qui donnera cet aspect inimitable de relief à trois dimensions.
Pour le " séchage ", il est judicieux de conserver à plat
le tableau dans une boîte étanche à la poussière et recouverte
d'une vitre côté peinture. L'exposer dans un endroit chaud
et lumineux (pas au soleil ni vers un chauffage !) afin d'accélérer
la siccativation de la demi-pâte.
Après une dizaine de jours,
on peut appliquer un glacis à l'ambre et à la terre de Cassel,
afin de nuancer l'ombre jusqu'à la coloration désirée. On
doit augmenter la quantité d'ambre et il faut y ajouter quelques
gouttes d'essence d'aspic très fraîche afin de donner du mordant.
Surtout ne pas vouloir charger la concentration de pigment
: il vaut mieux plusieurs glacis successifs de concentrations
décroissantes, que de vouloir obtenir une couleur et une densité
en une seule séance. L'effet en serait affreusement charbonneux,
car il ne faut pas oublier que la lumière doit passer à travers
les couches successives jusqu'à son absorption.
Il est notable
que toutes les terres de Cassel (ou prétendues l'être) autres
que celle de la Maison Blockx ne donnent qu'un résultat bien
pitoyable : elles sont ou charbonneuses ou opalescentes (!)
ou verdâtres, voire les trois. Elles n'ont pas cette finesse
de ton ni cette transparence magnifique, à l'identique de
celle utilisée par les Maîtres du 19ème siècle. L'usage en
était d'ailleurs si quotidien pour les modelés préparatoires
que l'on utilisait l'expression : " casselliser ". Bien sûr,
tout ceci demande patience et une pratique artisane la plus
parfaite possible. Comment hâte et beauté pourraient-elles
se rencontrer ? …
Posez ici vos questions techniques à Monsieur Georges Noblet : noblet.georges@wanadoo.fr
page
précédente
|